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Le prix de la Garantie d’Origine s’enflamme

L’année 2021 du marché des Garanties d’Origine ne finit plus d’être perturbée. Après la mise en place de la mensualisation des GO en France (nous en parlons ici), la rédaction d’une nouvelle RED II transposée en France par l’installation du full disclosure à la production (et ici), voilà maintenant que le prix de la Garantie d’Origine est en flagrante hausse depuis plusieurs semaines pour atteindre un prix moyen de référence d’1,70€/MWh pour 2022. Pourquoi cette hausse ?

Une demande en hausse constante

Premièrement, bien que les chiffres de l’AIB ne le montrent pas encore (nous en parlons ), il s’avère que la demande en Garanties d’Origine en Europe, et plus globalement en Energy Attribute Certificates à travers le monde, augmente significativement depuis des mois. Les consommateurs particuliers font de plus en plus le choix d’une consommation responsable grâce à des offres de fourniture d’électricité verte de plus en plus compétitives. Parallèlement, de nombreuses grandes entreprises ont fixés des objectifs ambitieux de consommation d’électricité d’origine renouvelable à court ou moyen terme, notamment à travers l’initiative RE100 ou pour répondre aux exigences du Carbon Disclosure Project ou de la Science Based Target initiative. L’engouement et les objectifs chiffrés assurent donc une croissance linéaire de la demande.

Une production d’électricité d’origine hydraulique plus faible

D’après Rodolphe Schennen, directeur de la maison de courtage des GO Commerg, « la production d’électricité d’origine hydraulique a chuté au cours de l’été 2021 dans les pays nordiques ». Les GO d’hydro nordiques étant les plus demandées sur le marché et les plus abondantes, l’offre se retrouve donc appauvrie et le prix de référence de ce type de GO augmente.

Le prix des autres marchés énergétiques est en hausse

Toujours selon Rodolphe Schennen, « les acteurs du marché des GO voient que le prix des marchés du gaz et de l’électricité augmente ». Il y aurait donc un « sentiment du marché » allant dans ce sens et qui passerait outre les fondamentaux. Autrement dit, chacun veut aussi sa part du gâteau.

Le prix ne pouvait pas descendre plus bas

Si l’on regarde 1 an en arrière, le prix de la Garantie d’Origine descendait parfois sous la barre des 0.30€/MWh. En conséquences, les producteurs n’étaient pas suffisamment rémunérés pour réellement pouvoir développer de nouveaux moyens de production. Le mécanisme des GO se retrouvait donc sous les critiques et la situation était perdant/perdant pour les acteurs du marché. Rodolphe Schennen pense alors qu’il y a eu une prise de conscience générale pour retrouver une situation bénéfique à tous, c’est-à-dire une hausse des prix. Ici encore, le « sentiment du marché » a pris le dessus sur les fondamentaux.

La hausse de la demande nous assure donc une continuité pour combler l’écart avec l’offre et espérer une hausse des prix à long terme. En revanche, la situation exceptionnelle de la production d’énergie hydraulique nordique associée à une perception des acteurs du marché qui pourraient changer dans les prochains mois ne nous garantie pas la stabilité du prix à court terme.

Les utilisations de Garanties d’Origine en baisse en 2021

L’AIB (Association of Issuance Bodies) a publié en juillet dernier les chiffres des transactions de Garanties d’Origine pour le 1er semestre 2021, jusqu’à fin juin. Nous avions récemment remarqué que la mensualisation associée à la mise aux enchères des GO en France avait chamboulé le marché des GO en Europe au premier trimestre (article ici). Concrètement, les GO se sont-elles plus ou moins vendues que les années précédentes ?

Sur les six premiers mois de l’année, près de 433 TWh de Garanties d’Origine d’énergies renouvelables ont été annulées en Europe. C’est inférieur aux deux années précédentes. A ce stade en 2020, les pays membres de l’AIB avait déjà annulé 473 TWh de GO renouvelables. Nous avons donc actuellement une baisse de 9,6% de la consommation volontaire d’électricité verte par rapport à 2020.

Cette situation est en grande majorité due à un effondrement du marché espagnol. Les annulations de GO dans le pays tombent de 78,4 TWh à 7,6 TWh (-932% !). Si l’on retire l’Espagne des calculs, nous remarquons une hausse des annulations de GO de 7,2% entre 2020 et 2021. Nous tentons alors de connaître les raisons de cette anomalie auprès des acteurs espagnols et de l’AIB. Nous vous tiendrons ensuite informés sur notre page Linkedin.

Par ailleurs, les producteurs d’électricité d’origine renouvelable ont émis plus de GO au premier semestre 2021 que précédemment. Environ 384 TWh de GO ont été émis cette année contre 337 TWh en 2020 sur la même période, soit une hausse de 12,2%.

Source : AIB

Projection sur le reste de l’année

Essayons maintenant de se projeter sur les 6 prochains mois de l’année. Pour cela, nous avons moyenné l’évolution mensuelle des transactions de GO du 2e trimestre des deux dernières années. Voici les résultats ci-dessous :

Source : AIB

Si l’on suit les tendances des années précédentes, la consommation volontaire d’électricité verte des membres de l’AIB devrait baisser de 10,2%. Les émissions de GO devraient elles augmentées de 7,3%. L’écart entre l’offre (émissions de GO) et la demande (annulations de GO) serait alors de 179 TWh. Peut-on donc s’attendre à une nouvelle baisse du prix de la GO ? Les six prochains mois nous le diront.

Parenthèse sur les émissions et les annulations au premier trimestre

Chaque année le nombre de GO émises est inférieure au nombre de GO annulées. Comme cela se fait-il ?

Les Garanties d’Origine d’une année n peuvent être annulées avant le 31 mars de l’année n+1. Cela s’explique par plusieurs raisons. En effet, un producteur d’électricité doit pouvoir avoir le temps d’émettre et de vendre les GO de sa production du dernier trimestre. Aussi, un fournisseur de GO doit attendre de connaître la consommation réelle annuelle (ou mensuelle en France) de ses clients avant de pouvoir annuler la quantité exacte de GO. Ces données sont généralement connues au début de l’année suivante. Enfin, une entreprise qui réalise son bilan carbone à la fin de l’année peut mettre en place des mesures simples, rapides et efficaces pour atteindre ses objectifs annuels. La consommation d’électricité d’origine renouvelable en fait partie. Il est alors possible pour un consommateur d’acheter en février 2021 des Garanties d’Origine émises en 2020 pour couvrir sa consommation de 2020.

Tout cela explique donc la forte hausse des annulations au premier trimestre de chaque année.

Quelques recommandations pour le marché des Garanties d’Origine

Depuis plusieurs années, le marché des Garanties d’Origine et sa réglementation évolue à un rythme soutenu. A travers ce système de traçabilité de l’électricité d’origine renouvelable, l’Union Européenne tente d’accélérer la transition énergétique grâce au choix des consommateurs. Mais cela est-il encore suffisant ? En marge de la rédaction de la nouvelle RED II et de sa transposition dans la loi française, Origo propose quelques recommandations à mettre en place pour solidifier le marché des GO en France et en Europe.

  • Le Full Consumption Disclosure à l’échelle européenne

Nous en avions déjà parlé précédemment, le full disclosure à la consommation rend obligatoire la traçabilité de chaque MWh soutiré du réseau par une GO, peu importe l’énergie utilisée pour l’émission de la GO. S’il est mis en place, les fournisseurs et les autres acteurs du marché de l’électricité seraient alors obligés d’indiquer le mix électrique de chaque offre qu’ils proposent. Les consommateurs se retrouveraient donc face au choix de l’énergie pour couvrir leur consommation. Sachant qu’une bonne partie de la population européenne est favorable à l’électricité verte (70% en France[1]), nous pouvons imaginer que ceux-ci se tourneraient vers les offres vertes. Cela permettrait le développement de nouveaux moyens de production utilisant des énergies renouvelables. Des pays comme l’Autriche, la Suisse et les Pays-Bas ont déjà mis cela en place avec succès. Leur pourcentage de consommation volontaire d’électricité verte est respectivement de 83,9%, 70,8% et 55,6%.

  • La possibilité à tous les producteurs de bénéficier de leurs GO

Dans la plupart des pays européens, les producteurs bénéficiant d’aides étatiques peuvent émettre pour leur compte des GO. Cela n’est pas le cas en France. Si les producteurs pouvaient bénéficier des GO associées à leur production, ceux-ci seraient en mesure de proposer des offres commerciales intéressantes aux consommateurs. Cela permettrait de couvrir d’importants volumes d’électricité sur plusieurs années, et donc de répondre en toute sécurité à la demande. Enfin, les productions étant majoritairement éolienne et solaire, l’offre de ce type de GO seraient plus compétitive face à la GO de grosses productions hydrauliques.

  • Des enchères de GO pour la production future

Aujourd’hui, les enchères mensuelles de GO en France sont réalisées 3 mois après le mois de production concerné. Depuis la mensualisation de la correspondance des GO avec la consommation, les acheteurs ont plus de mal à couvrir la consommation de leurs clients. Des enchères sur des mois de production en forward sur les trois années à venir sont une solution. Les acheteurs pourraient ainsi s’approvisionner en GO dès que la demande se manifeste. Ceux-ci seraient donc plus enclins à s’engager sur plusieurs années.

  • La reconnaissance des GO dans le calcul du bilan carbone de l’ADEME

Les organisations internationales telles que le Carbon Disclosure Project (CDP), la Science Based Target initiative (SBTi) ainsi que le RE100 reconnaissent l’utilisation de la Garantie d’Origine comme vecteur de diminution de l’empreinte carbone d’une entreprise sur son scope 2 (émissions indirectes de GES liées à la consommation d’énergie). L’achat de GO fait donc parties des mesures phares d’une entreprise pour réduire son impacte environnemental. Mais l’agence pour la transition écologique française ne les reconnait pas dans son outil de calcul du bilan carbone. Certaines entreprises sont alors limitées dans leur démarche. Celles-ci doivent mettre en place des mesures moins abordables (PPA, autoconsommation). De plus, la GO est la seule preuve légale d’une consommation volontaire d’électricité d’origine renouvelable en Europe. Nous nous retrouvons donc face à une situation paradoxale.

En acceptant la GO comme le fait le GHG Protocol, l’ADEME permettrait au marché d’évoluer positivement en France. Pour rappel, celui-ci n’est pas encore à la hauteur de la moyenne européenne.

Toutes ces recommandations émergent d’une analyse du marché des GO auquel Origo participe depuis maintenant 7 ans. En tant que membre des associations RECS International et QuiEstVert, nous avons eu la chance d’échanger avec de nombreux autres acteurs du marché. Nous en avons conclu qu’avec ces quelques modifications, le consommateur peut participer activement à la transition énergétique du réseau électrique européen et s’affranchir des décisions politiques.

[1] https://www.energie-mediateur.fr/wp-content/uploads/2020/10/2020-synthese-redigee-barometre-energie-info.pdf

Le marché des Garanties d’Origine chamboulé au premier trimestre 2021

Depuis le 1er janvier 2021 en France, un mois de consommation d’électricité doit être couvert par des Garanties d’Origine issue du même mois de production. Cette mensualisation a chamboulé le marché des Garanties d’Origine en France, qui a d’abord vu le prix unitaire exploser pour ensuite retomber.

Avec la mensualisation des Garanties d’Origine et des enchères de GO qui sont réalisées 3 mois après la production d’électricité, les acteurs du marché français se retrouvent confrontés face à deux contraintes.

La première contrainte est le temps. Jusqu’en janvier 2021, les revendeurs de GO pouvaient acheter des GO émises n’importe quand dans l’année pour couvrir la consommation annuelle de leurs clients. Soit ils les achetaient sur le marché de gré-à-gré directement auprès des producteurs en fonction de leur production annuelle, soit ils passaient par les enchères mises en place par l’état chaque mois de l’année. Avec la mensualisation, les acteurs doivent maintenant trouver des producteurs dont la production peut couvrir la consommation de leurs clients mois par mois ou alors enchérir chaque mois aux enchères, sans avoir la certitude de récupérer les mises et sans avoir de seconde chance puisque chaque enchère ne concerne pour le moment qu’un seul mois de production. Ils se retrouvent donc rattrapés par le temps car les GO d’un mois de production peuvent vite être épuisées.

La deuxième contrainte est l’argent. En effet, afin d’avoir les Garanties d’Origine nécessaires à la consommation de leurs clients, les acteurs doivent donc proposer des prix plus élevés aux producteurs ou aux enchères que leurs voisins. Il faut savoir que le prix d’achat des GO sur le marché de gré-à-gré est nettement supérieur à celui des enchères, d’autant plus lorsque celui-ci se fait en « forward », c’est-à-dire avant la période de production. Jusqu’à quel prix les acteurs sont-ils alors prêts à mettre pour répondre à la demande des consommateurs sans prendre de risque financier ?

Cette situation a évidemment eu des répercussions sur le marché des GO, illustrées par les résultats des enchères sur les trois premiers mois de l’année 2021. Voici les résultats :

Source : Origo d’après les chiffres d’EEX

Comme en début d’année 2020, la totalité du volume mis aux enchères a été vendu. Mais cette fois-ci, l’Etat a décidé en février 2021 d’augmenter le volume en vente de 50% à 75% du volume total de GO à sa disposition. Cette décision a été prise au regard de la soudaine hausse des prix dès janvier 2021, due à la situation expliquée en début d’article. Les acteurs n’ayant en revanche pas pu s’approvisionner aux enchères ont donc été obligé de racheter des GO plus chères sur le marché de gré-à-gré, augmentant le prix moyen de la GO en France et même en Europe.

Malgré un volume supplémentaire en février, les acheteurs ne souhaitaient pas reproduire les mêmes erreurs qu’au mois précédent et ont donc aligné des prix encore plus élevés qu’en janvier. Ceux-ci ont ensuite trouvé un prix plus juste au mois de mars.

La hausse du prix conjuguée à la hausse du volume mis en vente a permis à l’Etat d’enregistrer un chiffre d’affaires d’environ 2,8 millions d’euros rien que sur le premier trimestre, équivalent à celui de l’année 2020 complète. Mais le fait que l’Etat ait souhaité augmenter le volume mis aux enchères n’a pas aidé le développement positif du marché en France, qui se retrouvait face à une légère tension entre l’offre et la demande et pouvait donc espérer de beaux jours devant lui.

Les premiers mois de cette nouvelle réforme du marché français des GO a donc bien chamboulé le marché européen, avec une très forte hausse du prix en février. Néanmoins les acteurs devraient sans doute s’adapter à cette particularité. Les prochains mois nous diront alors à quel niveau le prix moyen de la GO se stabilisera. Ils devraient notamment s’adapter aux nouvelles contraintes et ne plus solliciter le marché de gré-à-gré de manière aussi forte.

EKOénergie : l’écolabel pour confirmer son engagement dans la transition énergétique

Alors que de plus en plus d’entreprises passent à une énergie 100 % renouvelable, un nombre croissant d’entre elles recherche également des moyens pour aller plus loin. Acheter des Energy Attribute Certificates (EAC), tels que les Garanties d’Origine ou les I-RECs portant l’écolabel EKOénergie est une solution pour y parvenir. EKOénergie est un écolabel international à but non lucratif qui promeut les énergies renouvelables à travers le monde.

Pour chaque EAC certifiés EKOénergie annulé, 0,10€ sont versés à leurs Fonds pour le Climat. Celui-ci finance des projets visant à réduire la précarité énergétique et à assurer une production d’énergie durable dans les pays en développement (plus de 50 projets menés depuis 2015). A titre d’exemple, un projet mené par l’ONG Santé Sud a récemment vu le jour à Madagascar. L’utilisation d’EAC EKOénergie a ainsi permis d’accorder 24 000 euros à l’installation des panneaux solaires pour huit cabinets de sages-femmes.

En plus du Fonds pour le Climat, pour chaque MWh d’hydroélectricité labellisée EKOénergie vendu, une contribution d’au moins 0,10€ est reversée au Fonds pour l’Environnement d’EKOénergie. Cet argent est utilisé pour financer la mise en œuvre de projets de restauration des cours d’eau et atténuer l’impact de la production hydroélectrique sur la nature. Les projets ont lieu dans les pays où l’électricité EKOénergie est produite ou vendue. 

Ce travail en faveur des énergies renouvelables est reconnu au niveau international et a été récompensé. En effet, le label est mentionné comme pratique exemplaire contribuant à atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) par Le Département des Affaires Économiques et Sociales des Nations Unies (DAES ONU). EKOénergie est également l’un des lauréats du Prix du Citoyen Européen 2020 décerné par le Parlement Européen.

Origo est le partenaire officiel d’EKOénergie en France et est fière de pouvoir fournir ses clients en EAC labellisés. La consommation d’électricité d’origine renouvelable est une démarche environnementale forte, et le choix du label EKOénergie permet aux entreprises d’aller encore plus loin dans cette démarche et d’agir pour un développement durable et équitable des énergies renouvelables en Europe et dans le monde.

Pour plus d’information, vous pouvez consulter leur site internet : https://www.ekoenergy.org/fr/

Retour sur le marché des Garanties d’Origine en 2020

Maintenant que l’année 2021 est bien lancée, revenons sur l’évolution de la demande en électricité de source renouvelable en 2020. Les chiffres concernent seulement les pays membres de l’Association of Issuing Bodies (AIB), association regroupant les registres de GO de 30 pays européens. Alors comment s’est comporté le marché des Garanties d’Origine en 2020 ? Voici quelques éléments de réponse.

La première bonne nouvelle de cette année 2020 est que l’AIB continue de s’étendre et d’accueillir de nouveau pays. Le Portugal, la Serbie, la Slovaquie et la Grèce ont rejoint l’association en 2020. Bien qu’il ne soit pas de grands acteurs du marché pour le moment, cela montre leur envie d’aller de l’avant et de participer à la transition énergétique européenne.

La deuxième chose à retenir est la hausse des utilisations de GO durant cette période. Plus de 737 TWh ont été utilisés en 2020, soit une augmentation de 8,4% par rapport à 2019 et de 41,7% par rapport à 2018.

Source : AIB

Certains pays sont moteurs de cette hausse. L’Espagne a par exemple vu sa demande en Garanties d’Origine augmenter de 88,5 TWh entre 2018 et 2020 (+130%).Une augmentation largement supérieure au volume total de GO annulée de chaque autre membre de l’AIB, exceptée l’Allemagne. L’Autriche, la France et la Norvège ont, elles aussi, participé à la hausse des deux dernières années. En revanche, les Pays-Bas, la Suède et la Belgique peinent à maintenir une évolution positive.

Source : AIB

Comme depuis un moment déjà, l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas profitent du faible taux d’utilisation de GO nationales de la France, de l’Italie et de la Norvège. Ces dernières continuent d’abonder le marché des Garanties d’Origine et permettent de répondre à la demande des pays voisins à moindre coût. Cette exportation de GO françaises et italiennes peut être expliquée par la mise en place des enchères dans ces deux pays, ce qui ajoute un volume non négligeable au marché alors que la demande nationale n’est pas au rendez-vous. Les producteurs norvégiens et suédois ont quant à eux du mal à vendre le volume important de GO hydrauliques aux industriels nordiques.

Source : AIB

Le marché des Garanties d’Origine en 2020 est donc à la hausse, dans la continuité de l’année 2019. En 2021, de nombreuses nouvelles réglementations vont voir le jour, en espérant que cela donne un coup d’accélérateur au dynamisme de ce marché.

Nouvelle transposition de la RED II : quels changements pour les GO ?

Le 3 mars dernier, l’Etat français a signé une nouvelle ordonnance portant transposition de diverses dispositions de la directive (UE) 2018/2001 relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables (RED II). Autrement dit, le Code de l’énergie a connu des modifications importantes concernant la production et la consommation d’électricité verte. Ces nouveautés ont aussi modifié les dispositions de la Garantie d’Origine. L’association QuiEstVert avait par ailleurs proposé ses versions à ce projet d’ordonnance.

Le principal changement à retenir de cette nouvelle ordonnance est la mise en place du full disclosure à la production dès juillet 2021. Le full disclosure à la production correspond à la possibilité pour tous les producteurs, toutes énergies confondues, de pouvoir émettre et commercialiser des Garanties d’Origine émanant de leur production d’électricité. En d’autres termes, un producteur comme EDF pourra émettre des Garanties d’Origine provenant de centrales nucléaires et surtout les utiliser pour tracer l’électricité consommées par ses clients. Si EDF réalise cette démarche comme elle l’a fait jusqu’alors en utilisant les déclarations de producteur, le facteur d’émission de CO2 du mix résiduel français sera alors considérablement alourdi. Cela pourrait donc inciter les entreprises à consommer de l’électricité d’origine renouvelable.

Autre changement significatif, les producteurs participant à des opérations d’autoconsommation pourront obtenir des GO afin de tracer leur production jusqu’à la consommation. Ces GO seront « immédiatement annulées afin d’attester l’origine de l’électricité autoconsommée et ne peuvent pas être vendues ». Cela évitera notamment le double comptage entre le MWh revendiqué par le consommateur via l’autoconsommation et le MWh comptabilisé dans le mix résiduel.

Enfin, les producteurs bénéficiant de subventions sous forme d’obligation d’achat ou de complément de rémunération « peuvent acheter les Garanties d’Origine de leurs installations avant ou après leur mise aux enchères » par l’Etat.

En parallèle, un décret relatif à la fourniture de gaz naturel et d’électricité a été rédigé ce 11 mars. Le nouvel article veut inciter les fournisseurs à plus de transparence auprès des consommateurs. Ils auront notamment l’obligation d’indiquer le pays et la technologie de production des GO utilisées pour le consommateur. Ils seront aussi tenus d’informer les consommateurs du mix énergétique, ainsi que la quantité de déchets radioactifs et de dioxyde de carbone générée par ce mix, de l’électricité proposée à l’ensemble de leurs clients au cours de l’année précédente.

Ces nouveautés sont des pas vers plus de transparence du marché de l’électricité et du mix énergétique français. Certains producteurs pourront bénéficier de GO dont ils n’avaient auparavant pas accès, permettant d’élargir l’offre et d’augmenter le taux de consommation volontaire d’électricité d’origine renouvelable en France. De bonne augure pour la suite…

Que faut-il retenir des enchères de GO en 2020 ?

Les enchères de Garanties d’Origine mises en place par l’Etat en septembre 2019 ont connu leur première année civile complète en 2020. Les GO issues de la production d’un mois n’étant mises aux enchères que trois mois après, les enchères pour la production électrique de décembre ont eu lieu en mars 2020. C’est donc l’occasion de prendre du recul et d’analyser les résultats de 2020 pour établir des tendances et faire des retours critiques.

Pour rappel, l’Etat met aux enchères les GO issues de la production bénéficiant de subventions sous forme d’obligation d’achat ou de complément de rémunération. Jusqu’à présent, seul 50% de la production électrique de chaque installation a été mis aux enchères par l’Etat. Les volumes ont donc varié chaque mois entre 1,5 et 3,2 TWh. Sur les 25,1 TWh de GO mis en vente en 2020, 15,6 TWh ont trouvé preneur. Cela signifie que 62% des volumes mis en vente ont trouvé preneur mais surtout que seul 31% de la production électrique des installations a été valorisé par les enchères françaises de GO. Force est de constater que la consommation volontaire d’électricité de source renouvelable est encore très faible en France.

Source : EEX

Les deux premiers mois de l’année ont connu un succès notable avec la vente de l’intégralité des volumes proposé. Cela s’explique notamment par le fait que les acteurs du marché ont cherché à s’approvisionner au plus vite pour couvrir la consommation anticipée de l’année 2020. Le taux de vente s’est ensuite fortement dégradé jusqu’à ce que l’Etat décide de réduire le prix de réserve afin qu’il soit davantage en ligne avec les prix pratiqués sur le marché de gré-à-gré.

Concernant les technologies, l’éolien est largement dominant avec 78% des GO vendues sur l’année. L’énergie éolienne est en effet en plein essor ces dernières années. Elle est la deuxième énergie renouvelable qui produit le plus d’électricité derrière l’hydraulique. Sachant que la majorité des barrages hydrauliques ne perçoit plus de subvention, l’éolien est donc l’énergie la plus disponible aux enchères.

Source : EEX

Sur l’année 2020, l’Etat a vendu 15,6 TWh de GO pour un montant total de 2,8 millions d’euros, avec une moyenne unitaire de 0,18€/MWh. Depuis que l’Etat a pris la décision d’inonder le marché européen avec une offre potentielle pouvant dépasser 50 TWh par an, le prix spot des GO a considérablement chuté en Europe. Rappelons-nous qu’à la mi-année 2018, le prix unitaire d’une GO standard avait atteint 2,2€/MWh sur le marché de gré-à-gré.

Si la consommation volontaire d’électricité d’origine renouvelable (10,9% en 2019) atteint en France ne serait-ce que la moyenne européenne (25,4% en 2019)[1], la France cesserait d’être exportatrice et le prix européen pourrait revenir à des niveaux au moins équivalents à 2018, avant l’annonce des enchères françaises. Une telle situation permet d’envisager que l’Etat récolte aux alentours de 125 millions d’euros pour la vente de ses GO, soit plus de 40 fois le montant actuel. Au-delà de l’intérêt financier direct pour l’Etat et le financement de la transition énergétique en France, atteindre un prix planché de la GO entre 2€ et 3€/MWh engendrera davantage de signaux d’investissements dans les énergies renouvelables en Europe, ce que freine la France actuellement.

Cette première année a donc été un bon exercice permettant l’implémentation et l’évolution d’un mécanisme prometteur. Néanmoins, il reste encore des améliorations à apporter afin qu’il porte ses fruits pour une transition énergétique du réseau électrique européen efficiente et durable.

[1] D’après des calculs d’Origo à partir des chiffres de l’AIB

L’UE propose une révision de la RED II

La Commission Européenne a dernièrement ouvert une consultation publique dans le cadre d’une révision de la RED II, afin de répondre aux ambitions du nouveau Pacte Vert. La RED II (Renewable Energy Directive), écrite en décembre 2018, définit notamment les objectifs européens en termes de consommation d’énergies renouvelables, en encadrant davantage l’utilisation des Garanties d’Origine (GO). Nous avions à l’époque réagit à la première version. Le Ministère de la Transition Ecologique a en parallèle ouvert un projet d’ordonnance de transposition de cette directive. Nos partenaires QuiEstVert et RECS International ont profité de ces deux consultations pour partager leurs points de vue. Voici leurs réactions pêle-mêle.

QuiEstVert est satisfait du projet d’ordonnance, qui propose notamment la mise en place d’un full disclosure à la production en France, c’est-à-dire la possibilité d’émettre des GO pour toute les sources d’énergie permettant l’injection d’électricité dans le réseau électrique français. Quelques modifications sont toutefois proposées. L’association estime que les producteurs non raccordés au réseau électrique ainsi que ceux qui bénéficient du mécanisme d’autoconsommation devraient voir leurs Garanties d’Origine automatiquement émises et utilisées afin d’éviter tout double comptage même via le mix résiduel. L’association propose de plus que les producteurs bénéficiant de l’obligation d’achat ou du complément de rémunération puissent racheter les Garanties d’Origine accolées à leur production avant ou après la mise aux enchères de l’Etat à un prix déterminé à l’avance, sans aucune restriction et sur la période du bénéfice de la subvention. Cela permettrait notamment le développement des PPA (Power Purchase Agreement).

RECS International est d’avis à imposer une part ou un quota d’utilisation de GO pour la fourniture ou l’achat d’électricité renouvelable. L’association pense aussi que le full disclosure devrait être généralisé, et ce à l’échelle européenne. Elle estime aussi qu’il serait bénéfique que chaque acteur du marché des GO puisse ouvrir un compte sur le registre de chaque pays pour certifier la consommation de n’importe quel client en Europe. Comme QuiEstVert, RECS International propose que tous les producteurs, dont ceux bénéficiant de subventions, aient la possibilité d’utiliser les GO issues de leur production.

Origo partage les avis de ses deux partenaires. La mise en place des propositions de la Commission Européenne et de l’Etat français, ajustées avec les retours des différentes parties prenantes, permettrait une cohérence globale du marché et faciliterait l’accès à l’électricité issue de sources renouvelables pour les entreprises. Les efforts fait par chacun sont de fait une bonne nouvelle pour la transition énergétique.