La Norvège prête à sortir du système des Garanties d’Origine ?

Le mois dernier, les élections parlementaires ont eu lieu en Norvège. Le parti des Travaillistes (Arbeidarpartiet) en est sorti vainqueur et a créé un nouveau gouvernement avec le parti Centriste (Senterpartiet). A première vue, cette information ne devrait pas être considérée comme capitale. Et pourtant… Le nouveau gouvernement a récemment proposé la sortie du système des Garanties d’Origine. Connaissant le rôle prépondérant de la Norvège dans le marché des GO, cette décision aurait de nombreuses répercussions.

Un écart réduit entre l’offre et la demande

La Norvège est le plus gros émetteur de GO en Europe. Elle comptait pour 18,6% des émissions totales de GO Européennes en 2020. Regardons donc l’état du marché des GO en 2020 :

Source : AIB statistics

En 2020, l’écart entre l’offre (les émissions) et la demande (les annulations) était de 47 TWh. Si l’on retire la Norvège du marché, cet écart se réduit et la demande surpasserait même l’offre (-19 TWh). A savoir qu’un certain volume est encore en réserve, notamment la production bénéficiant d’aides étatiques. Ce volume devrait par ailleurs bientôt arriver sur le marché grâce à la nouvelle directive européenne. En conséquence, des tensions pourraient apparaître sur le marché.

Hausse des prix de la Garantie d’Origine

Comme tout marché qui se respecte, qui dit tension entre offre/demande dit hausse du prix de la GO. Au-delà de ce constat, la Norvège est surtout le premier émetteur de GO hydraulique et le plus gros exportateur de GO (41 TWh en 2020). Historiquement, les GO d’hydraulique nordique sont les moins chers et les plus traitées du marché. Elles font office de prix de référence pour le marché de gros. A titre de comparaison, une sortie du marché de la GO de la Norvège correspond à une sortie de l’Arabie Saoudite du marché du pétrole ou à une sortie de la Russie du marché du gaz.

Tous les acteurs bénéficiant jusqu’à présent des GO d’hydraulique nordique seront obligés de se couvrir autrement. Les producteurs voudront donc en tirer profit et le prix unitaire devrait logiquement largement augmenter.

Entre catastrophe et excellente nouvelle, des scénarios de sortie aux différents impacts

Si la Norvège sort brutalement, le marché sera fortement perturbé. Une sortie brutale consiste à considérer que les GO norvégiennes n’existeront plus.

Aujourd’hui, le registre norvégien Statnett est le registre le plus utilisé pour les transactions de GO en Europe. Il traite plus d’un quart du volume Européen ! Les acteurs de marché devront donc rapidement trouver une autre solution pour s’échanger des GO. Mais le plus grave n’est pas là. Beaucoup de contrats de livraison à terme de GO concernent les GO norvégiennes. Si les GO norvégiennes ne sont plus reconnues, l’ensemble de ces contrats seront nuls. Tous les consommateurs ou fournisseurs d’électricité devront se retourner rapidement dans le marché, créant ainsi un effet de panique. Le marché des GO pourrait alors être décrédibilisé, l’empêchant de financer durablement la transition énergétique européenne.

La frustration des Norvégiens est liée au fait que les énergéticiens du pays exportent la majorité des GO pour un prix modique et dénature le mix énergétique des consommateurs norvégiens. Il faut savoir que la Norvège est aussi un pays exportateur net d’électricité, avec une production quasiment 100% renouvelable[1]. Une solution serait donc d’utiliser les GO du pays pour couvrir 100% de sa consommation électrique. L’export serait ainsi limité au surplus de production. Le marché européen se retrouverait moins inondé et plus dynamique, pour une transition énergétique accélérée.

Quelles conséquences pour la France ?

La France fait partie des exportateurs de GO, majoritairement hydraulique. Sans les GO Norvégiennes, les acheteurs européens risquent de se tourner notamment vers la France pour combler leur manque. Comment les producteurs français réagiront à cette nouvelle situation ?Le scénario le plus favorable serait que la demande vienne des consommateurs français. La France se retrouverait alors moins exportatrices et le prix unitaire augmenterait avec.

La Norvège, parce qu’elle en est un acteur incontournable, chamboulerait complètement le marché des Garantie d’Origine qui mettrait du temps avant de s’adapter. Ce n’est pas la première fois que le pays évoque cette possibilité. L’idée avait émergé il y a déjà quelques années, sans que celle-ci se réalise. Cette fois-ci est-elle la bonne ?


Source : https://www.aib-net.org/facts/market-information/statistics/activity-statistics-all-aib-members

[1] Mix de production électrique de la Norvège en 2020 (AIE) : https://www.iea.org/data-and-statistics/data-tables/?country=NORWAY&energy=Electricity&year=2020